A quels profils et styles d’apprentissage bénéficie le stress ?

Le stress peut être un outil d’augmentation de performances pour certains profils de personnalité ou certains profils intellectuels et cognitifs. En effet, le style d’apprentissage habituel de votre enfant lui est plus ou moins facilitant en situation de stress.

D’abord la personnalité.

Cela peut surprendre car cela paraît inverse à la réalité, pourtant les personnalités anxieuses ont la capacité d’augmenter leurs performances en situation de stress. On ne peut pas aller jusqu’à dire que ces personnalités aiment le stress ou en ont besoin pour bien fonctionner. Cependant, le stress peut être moteur de performance lorsqu’il est important s’il concerne des personnes à haut niveau de traits de personnalité anxieuse (1).

De là à conclure que les enfants hyper anxieux réussissent mieux en situation de stress voire qu’ils aiment le stress ? Non. On peut supposer qu'au-delà de dispositions de personnalité, il s’agit aussi de personnalités qui ont appris à compenser, et qui ont cherché à s’armer contre le stress. Elles disposent donc d’outils de gestion du stress et d’une habituation au stress. D’autant plus que ces personnalités ont souvent tendance à beaucoup travailler et à se préparer pour faire face aux enjeux scolaires, et ce serait plutôt cette propension à l’hyper préparation qui serait favorable à leur performance, plus que le stress lui-même.

Des effets facilitateurs du stress selon les styles d’apprentissage.

Les élèves qui réagissent le mieux dans les situations stressantes sont des personnes qui emploient des stratégies de conceptualisation abstraite et d'expérimentation active. Par exemple, les méthodes hypothético-déductives sont plus utilisées lors de moments de stress et produisent des résultats dans l'apprentissage qui sont plus performants (2).

De même, les enfants qui réfléchissent et analysent des situations stressantes et utilisent ces informations dans leurs stratégies peuvent mieux réagir aux événements. Il y aurait une sorte d’apprentissage à l’adaptation (3).

Ainsi, le stress est utile aux apprenants qui réfléchissent plutôt de manière hypothético-déductive pour résoudre un problème. Le stress est une information sur notre réaction. Il peut donc, à un certain niveau, nous indiquer la voie afin de résoudre une situation. (3) Se connaître et se comprendre permet donc de lutter contre le stress.

Schéma des styles d’apprentissage selon Kolb (4) :

Source digital learning academy.com

https://www.researchgate.net/figure/Cycle-de-lapprentissage-experientiel-de-Kolb_fig1_254842550

Des styles d’apprentissage moins utilisés en situation de stress.

En situation de stress intense, les élèves n'ont pas tendance à utiliser les styles d'apprentissage comme l'expérience concrète ou l'observation réflexive (2). Ces styles sont pourtant plus efficaces et permettent créativité, compréhension et réflexion.

Cela serait d’autant plus lié au type de stress. Si le stress occasionnel peut créer une stimulation, le stress chronique est contre productif pour l’apprentissage (5).

Pour apprendre et être créatif, autonome, dynamique dans ses apprentissages, un élève a besoin d’après Daniel Favre d’avoir un rapport facilité et sécurisé à l’erreur. Car l’apprentissage par essais erreurs est performant et efficace à long terme.

Il explique par exemple que les évaluations continues favorisent un stress chronique mais aussi un style d’apprentissage où l’expérimentation l’essai-erreur est absente. Cela a un impact sur la capacité des élèves à intégrer et transposer plus tard leurs apprentissages en d’autres situations et surtout en vie réelle.

L’acceptation d’un risque d’erreur rend plus performant que l’absence de prise de risque et la répétition routinière. La répétition d’apprentissage sans essais/erreurs répond plus au contrôle qu’à l’apprentissage, et elle nourrit peu les capacités de raisonnement. L’erreur devient alors un stress nuisible au lieu d’être un stress stimulant. Pour accepter le risque d’erreur, un enfant a besoin d’apprendre ce style d’apprentissage mais aussi d’avoir confiance en lui pour expérimenter.

Nous avons pris en compte plusieurs de ces résultats pour construire notre programme contre le stress des enfants. Nous l’avons construit avec l’utilisation de l'expérimentation, l’expérience concrète, la découverte de soi et de ses réactions, mais aussi avec des exercices qui prennent en compte l’analyse de situations stressantes (à hauteur d’enfant) pour favoriser cet apprentissage d’adaptation au stress. Pour compléter, nous proposons aussi un programme sur la confiance en soi.

Sources :

1. Takemura, Y., S. Kikuchi, and Y. Inaba. 1999. “Does Psychological Stress Improve Physical Performance?” The Tohoku Journal of Experimental Medicine 187 (2): 111–20.

2. Trehearne-Riel, C.J. (1996). Learning styles : consideration of stress. Thèse de doctorat NP, Colorado State University, Fort Collins, Etats-Unis, 608 p.

3. Gadzella, B. M., Masten, W. G., & Stacks, J. (1998). Students' stress and their learning strategies, test anxiety, and attributions. College Student Journal, 32(3), 416–422.

4. https://soi.over-blog.com/2015/02/determiner-son-style-d-apprentissage-selon-david-a-kolb.html

5. Daniel Favre, Enseignant Chercheur en sciences de l’éducation à l’université de Montpellier 2.