Mots clés: prévention, santé mentale, enfant

Sur tout sujet, et tout particulièrement dans notre contexte de COVID-19, on s’attend à lire huit études scientifiques affirmant tout et son contraire. On nomme ceci le débat contradictoire, la recherche scientifique, le temps nécessaire à la structuration d’une connaissance légitime aux vues de la communauté scientifique.

Toutefois, il est un sujet, qui bien que scientifiquement admis, ne fait jamais la une de l’actualité. Il est pourtant clé. Il s’agit de la santé mentale des enfants.

La scène se déroule il y a quelques jours dans mon service. Je travaillais avec une collègue infirmière de nuit. Nous discutons du COVID 19, des enfants et de ses conséquences sur leur santé mentale. Après quelques minutes d’échange, elle me dit: « mon fils de sept ans depuis la crise du coronavirus a recommencé à faire pipi au lit! » et mon autre collègue de surenchérit à propos de sa fille de 5 ans: « moi, la mienne est en CP et a des angoisses de mort qui surgissent la nuit ».

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Si anodins que ca? Non. Tout parent saura trouver dans son quotidien des signes, des comportements, des réactions qui soulignent l'impact potentiel de cette crise sur la santé mentale de ses enfants.

Une alerte de la part du conseil scientifique

Le conseil scientifique, composé d’experts sélectionnés pour analyser la crise, a alerté le gouvernement sur la nécessité de prendre en compte les effets délétère du confinement en terme psychologique et psychique. Deux aspects sont évoqués:
Le risque d’agression par autrui: agression physique, verbale, sexuelle… le confinement dans des espaces réduits et la promiscuité favorise le passage à l’acte. Les plateformes d’appel ont vu une augmentation de leur activité de 50%. 30 % d’appel sont passés par des voisins et 36 % par des camarades de classes. De même, les services de police et de gendarmerie soulignent une croissance des appels et interventions en lien avec les violences conjugales.
Le soutien aux endeuillés du COVID-19. Nos concitoyens perdent aujourd’hui parents, frères, soeurs, amis, proches, sans pouvoir, accompagner la personne en fin de vie ou proprement procéder au deuil.  Les phases du deuil élaborées par Elisabeth Kubler-Ross dans les années 60 sont le déni, la colère, la négociation, la dépression et l’acceptation. Chacun est d’une importance cruciale dans la construction de l’individu et dans ce rite social, spirituel et culturel d’accompagnement du mort et de la mort. Quand le deuil est incomplet, il peut laisser des séquelles à vie. C’est ce que le conseil scientifique redoute. En  effet, de nombreux enfants et adolescents auront perdu leurs grands-parents, des amis de leurs parents …  Ainsi, le conseil scientifique redoute que la mort de proches en l’absence de deuil complet puisse avoir  un effet « profond et durable susceptible d’impacter leur développement jusqu’à leur vie d’adulte (risques de suicides, comportements addictifs, maladies, etc. ) ».

Ainsi le conseil scientifique « attire l’attention sur l’importance et l’urgence à inventer collectivement, avec l’ensemble des acteurs de la société française (soignants, communautés religieuses, grands courants de pensées, autorités spirituelles et culturelles, associations, etc.) des réponses à ces situations afin de renforcer la résilience individuelle et collective face à l’épidémie » (avis du conseil scientifique du 2 Avril).

Pourquoi et comment aborder ces questions là?

Pour traiter cette question, j’ai contacté une psychologue de service de réanimation, Stéphanie Dusautois. Fréquemment en contact avec des familles endeuillé, elle nous étaye « comment aborder le deuil avec son enfant ?»

S.D: « Les enfants vont être confrontés à deux situations difficiles et parfois complètement nouvelles pour eux : la perte d'un être cher dans leur propre famille, mais aussi, pour ceux qui auront été épargnés dans leur famille, la confrontation à ces pertes dans les familles de leurs camarades. Ce sera souvent la première confrontation à la mort et à ce que cela signifie intellectuellement et émotionnellement pour les enfants eux-mêmes, pour les adultes, mais aussi d'un point de vue sociétal et culturel. Pour ce qui est de l'aborder, les enfants ont besoin de la vérité. Rien ne sert de cacher la mort ou de l'adoucir avec les périphrases ou métaphores souvent hasardeuses et peu adaptées à leur développement intellectuel et psychique. La mort doit s'annoncer avec le vrai mot, le mot mort, aussi difficile soit-il à prononcer, quelque soit l'âge. Ensuite, la mort elle-même doit s'expliquer avec des phrases courtes et simples, qui correspondent au folklore culturel familial, c'est à dire à nos coutumes et croyances. Il s'agit aussi d'exprimer les émotions que l'on ressent en tant qu'adulte face à la mort, pour aider nos enfants à trouver les mots pour exprimer les leurs, et les laisser les exprimer. C'est un moment difficile pour les parents, qui eux aussi peuvent alors être affaiblis et atteints psychologiquement. C'est difficile aussi car notre cœur de parent préfèrerait éviter ces souffrances à nos enfants, mais nous ne le pouvons pas, nous ne pouvons que les aider à accepter cette réalité immuable de la mort. »

Ainsi, au travers de ces quelques lignes, il est important de rappeler la vulnérabilité des enfants tant d’un point de vue physique que d’un point de vue psychologique. S’il n’est pas directement exposé aux effets délétères de la maladie, il ne faut pas mettre de côté les séquelles psychologiques qui peuvent en découler. La possibilité donnée à l’enfant de s’exprimer à sa manière est fondamentale. Il peut s’agir de mots, de gestes, de situations, de réactions, car tout enfant n’a pas la possibilité de formuler de manière compréhensible ou audible ses sentiments. Il faut donc accompagner cette expression et permettre sa mise en forme: mettre des mots sur les comportements, accompagner les réactions, être attentif au caractère situationnel de l’émotion. La relation au deuil, le rapport à mort, la gestion de l’émotion en font partie. .

Koalou souhaite accompagner les enfants et familles dans l’expression des émotions et l’apprentissage rattaché. Nous nous appuyons sur une échelle validée par la recherche** , pour qu’à tout instant, un professionnel de santé puisse intervenir pour soulager la famille et l’enfant. Cet accompagnement permet in fine de soulager le patient et d’accompagner tout un chacun par un lien renforcé avec les structures médicales.

L'équipe KOALOU: MED et IA